Alcatel-Lucent : nouveau dossier
Homme de médias, Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, avait préparé une belle mise en scène pour son rendez-vous avec les opérateurs télécoms. Les ayant convoqué après l’annonce de Bouygues Telecom et de SFR de mise en œuvre (immédiate pour le premier et retardée à novembre pour le second) de plans de départs de volontaires, l’avocat de la « démondialisation » voulait leur proposer différentes solutions pour relocaliser en France les centres d’appels. Tout en sachant qu’il y a peu d’espoirs de pouvoir les convaincre, les centres d’appels externalisés en Afrique appartenant à des sous-traitants (absents étrangement de la table ronde organisée par le ministre), qui ne travaillent pas que pour les télécoms tricolores ! Malheureusement pour le ministre, sa matinée a été gâchée par un dossier autrement plus urgent : l’effondrement d’Alcatel-Lucent.
Avant l’ouverture de la bourse, l’équipementier franco-américain a en effet émis un avertissement sur ses résultats annuels, pour annoncer qu’il abandonnait sa prévision d’amélioration de son résultat opérationnel ajusté. En 2011 (première année de bénéfices nets pour l’entreprise depuis sa fusion), Alcatel-Lucent avait dégagé une marge opérationnelle de 3,9 %, qu’il se faisait donc fort d’augmenter en 2012. Réaction immédiate des investisseurs qui sanctionnaient le titre : le cours perdait, en fin de matinée, près de 15 % et tombait sous la barre symbolique de l’euro (à 0,96 euro). Pour justifier cette révision à la baisse de ses prévisions, le groupe, qui a annoncé un objectif de 500 millions d’euros d’économies supplémentaires en 2012 (dont 100 millions ont déjà été réalisés au premier trimestre), a indiqué que le mix produits était moins bon que prévu. Ces nouvelles difficultés montrent bien l’ampleur des problèmes que doit affronter l’équipementier, dans un environnement toujours très compliqué. Il n’est d’ailleurs pas le seul à souffrir : Ericsson avait annoncé, en fin d’année dernière, que ses marges opérationnelles allaient diminuer en 2012 en raison de la guerre des prix engagée l’an dernier pour gagner des parts de marché, Nokia Siemens Networks est au milieu d’une très lourde restructuration.
Même le chinois ZTE rencontre des problèmes : il a lui aussi lancé un avertissement sur ses résultats, et des rumeurs font état d’un plan de suppression de 12 000 emplois. Compte tenu de l’état des équipementiers télécoms, à commencer par Alcatel-Lucent, le gouvernement pourrait, en priorité, se pencher sur cette question et tenter de relancer une industrie avant que les derniers acteurs domestiques ne disparaissent de la scène. Mais, pour cela, l’Etat devrait faire un choix cornélien : entre les gros dividendes que lui verse France Télécom ou les investissements de l’opérateur historique. C’est l’autre gros problème du secteur : comme les marges du secteur sont sous pression, les opérateurs doivent choisir entre leur stratégie boursière et les investissements dans les réseaux. Sans relance de l’investissement (notamment dans le très haut débit), il n’y pas de sortie de crise possible pour les équipementiers européens.