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Vivendi menacé de disparition ?


Les jours de Vivendi sont-ils comptés ? Si l’on reprend la chronologie des événements intervenus depuis le début de l’année, une intuition se transforme alors progressivement en certitude : non seulement le conseil de surveillance prépare la scission en deux ou trois parties du conglomérat financier, mais il a aussi programmé la disparition pure et simple du nom du groupe ! Pour comprendre comment on peut arriver à cette conclusion, il faut revenir début 2012, lors de la présentation des comptes 2011 (le 1er mars).

La confiance semble encore régner. Malgré une stagnation du chiffre d’affaires consolidé à 28,8 milliards d’euros, le résultat opérationnel enregistre une hausse de 13 % à 5,682 milliards, le résultat net part du groupe fait un bond de 22 % à 2,681 milliards. Mais le cash-flow opérationnel recule de 10 % à 4,694 milliards et l’endettement net fait un bond de 50 % à 12 milliards (il atteint actuellement 14 milliards). Sans être dramatique, la situation financière de Vivendi commence néanmoins à devenir tendue. Surtout que le groupe a deux grosses opérations en cours : le rachat d’EMI et celui des chaînes TNT de Bolloré. De plus sa capacité à engager son désendettement dépend, en grande partie, des performances financières de sa principale filiale SFR, qui pèse pour quelque 40 % dans ses comptes. Or, malgré l’arrivée tonitruante de Free Mobile et les prévisions très pessimistes des dirigeants de Vivendi pour leur filiale (ils prévoient alors une chute comprise entre 12 et 15 % de l’Ebitda), rien ne se passe, aucune mesure sérieuse n’est annoncée. Pourtant au même moment, le groupe Bouygues dévoile, lui, un premier plan d’économies de coûts d’un montant de 300 millions d’euros.

Le 26 mars, c’est le choc : Frank Esser, le PDG de SFR, est viré, Jean-Bernard Lévy, le président du directoire de Vivendi, prend alors la direction opérationnelle de sa principale filiale. Mais, là-encore, rien ne se passe comme si le changement de management chez SFR répondait seulement à la volonté des X-Télécoms de reprendre en mains la société et de se débarrasser d’un dirigeant imposé, dix ans plus tôt, par Vodafone. Chose encore plus surprenante : le groupe annonce que la présentation du plan de restructuration attendra le mois de juin. Alors que la guerre fait rage dans les télécoms, SFR ne met donc en œuvre aucune mesure sérieuse (même pas sur le plan marketing et commercial, son point faible). Le 19 avril, c’est l’assemblée générale : si les résolutions proposées par le conseil de surveillance sont votées (mais ce n’est pas une surprise), Jean-René Fourtou, le président du conseil, et Jean-Bernard Lévy se sont fait chahuter et ont dû subir la bronca des actionnaires, mécontents de l’effondrement du cours de bourse. Une réunion qui les a manifestement sortis du sommeil puisque c’est à partir de ce moment-là que les rumeurs vont apparaître et prospérer sur l’avenir du groupe.

Début mai, Vivendi annonce le recrutement de Michel Combes, le patron des activités Europe de Vodafone, pour diriger SFR. Fin mai, lors du déjeuner annuel de SFR à l’occasion du tournoi de Rolland Garros, il est impossible d’avoir une réponse à une question simple : Michel Combes participe-t-il ou non à la définition du plan de réorganisation préparé par Jean-Bernard Lévy ? Enfin, cinq jours avant la réunion du comité central d’entreprise de SFR qui doit examiner le plan de restructurations, Vivendi annonce le départ de Jean-Bernard Lévy, alors que Michel Combes renonce à rejoindre SFR. Autre annonce : le directoire de Vivendi ne comprend plus que deux personnes (le secrétaire général et le directeur financier). Enfin, selon les informations de Bloomberg, le conseil de surveillance chercherait à recruter Yoël Zaoui, l’ex-banquier d’affaires français de Goldman Sachs. Autrement dit : l’avenir du groupe serait entre les mains d’un spécialiste des fusions-acquisitions pour vendre la totalité des activités. Ce qui aboutirait à la disparition de Vivendi et qui expliquerait l’éviction des patrons des filiales du directoire de Vivendi. Dans cet environnement, le report au mois de novembre du plan de restructurations de SFR peut se comprendre : Vivendi compte vendre d’ici là son pôle télécoms et laisser au futur acquéreur le soin de mettre en œuvre les restructurations. D’ailleurs, Jacques Veyrat, l’ancien patron de Neuf Cegetel, serait déjà au travail pour monter un tour de table avec un fonds d’investissement, selon une source financière.

 

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