SFR et Bouygues Telecom changent de régime
Une nouvelle fois, Vivendi a pris les observateurs à contrepieds. Alors que tout le monde attendait la présentation du plan de restructurations de SFR, le groupe s’est contenté, mardi 3 juillet, de présenter un vague calendrier lors du comité central d’entreprise de sa filiale télécom, repoussant au mois de novembre la présentation formelle de son plan de transformation. Seule précision apportée : en novembre sera aussi lancé un plan de départs volontaires. Une décision une nouvelle fois très largement incompréhensible.
En mars dernier, Frank Esser, le PDG de SFR, avait été brutalement remercié, Jean-Bernard Lévy, alors président du directoire de Vivendi, prenant directement en main la direction de l’opérateur. Et d’annoncer alors le lancement d’un nouveau plan stratégique pour le mois de juin, destiné à réorganiser l’entreprise pour lui permettre de faire face aux défis, commercial et financier, lancé par Free Mobile. Mais très vite, les indiscrétions des syndicats laissaient entendre que SFR allait supprimer plusieurs centaines d’emplois (jusqu’à 1000) et engager un plan d’économies de 800 millions d’euros sur deux ans. Le tout sans attendre l’arrivée du nouveau PDG Michel Combes, attendu au début du mois d’août. C’est ce plan qui devait être présenté lors de la réunion du CCE. Mais voilà, jeudi 28 juin, Jean-Bernard Lévy était à son tour viré de Vivendi par le conseil de surveillance, Michel Combes renonçant, pour sa part, à rejoindre l’opérateur tricolore. Est-ce la raison pour laquelle le conseil de surveillance a décidé qu’il était urgent d’attendre avant de mettre en œuvre toute réorganisation de SFR ? Ces décisions montrent, en tout cas, un grand amateurisme de la part des dirigeants de Vivendi, qui ont décapité leur principale filiale, sans, manifestement, avoir prévu précisément la suite.
D’autant que si la guerre des prix déclenchée par Free Mobile va peser sur la rentabilité de SFR, le principal problème de l’opérateur porte surtout sur son image de marque et ses piètres performances commerciales depuis une bonne année. Un problème que n’a pas Bouygues Telecom, beaucoup plus pénalisé sur le plan financier, l’effort réalisé pour rattraper son retard dans le haut débit fixe pesant déjà sur ses marges. La filiale du groupe Bouygues avait d’ailleurs réagi très rapidement annonçant durant le premier trimestre un plan d’économies de coûts pour alléger sa structure. Mais ce plan n’est manifestement pas suffisant, le groupe prévoyant un plan de départs volontaires qui devait aussi être présenté au CCE de Bouygues Telecom, mardi, selon Les Echos. Ces annonces (ou report d’annonces) confirment les analyses faites depuis le lancement commercial du quatrième opérateur mobile : son modèle à coûts variables a profondément déstabilisé les concurrents qui cherchent à préserver, par tous les moyens, leur stratégie boursière. Ce qui est aussi le cas de France Télécom. On peut s’interroger, logiquement, sur le temps qu’il faudra aux dirigeants de l’opérateur historique avant d’annoncer des mesures d’économies dans l’activité française. Si le contrat d’itinérance conclu avec Free Mobile rapporte plus que prévu, certains spécialistes s’interrogent néanmoins sur la capacité de l’opérateur à maintenir ses objectifs financiers sans toucher à sa structure de coûts.