Microsoft rattrapé par son passé
A l’heure où le comportement imprévisible des dirigeants de Facebook inquiète les observateurs et alors que Google continue à être vu (comme en Italie) comme une menace pour le concurrence et les libertés, on avait pu oublier qu’il fut un temps, pas si lointain, où c’était Microsoft qui constituait la principale source de danger. Quelque huit années après les faits, la Cour de Justice européenne vient ainsi de confirmer la décision prise par la Commission européenne, en février 2008, d’imposer une amende pour ne pas avoir respecté les engagements pris quatre ans plus tôt. Si en 2008, la commission européenne avait chiffré à 899 millions d’euros le montant de l’amende, le Tribunal l’a revu, légèrement, à la baisse.
Elle a été fixée à 860 millions de dollars, le tribunal justifiant la baisse par le fait que la Commission avait autorisé Microsoft à prendre des mesures transitoires particulières pour les éditeurs de logiciels en open source. Pour autant, la cour de justice a validé l’ensemble des griefs portés par la Commission européenne à l’encontre du géant américain du logiciel. Si le dossier remonte à 2004, les faits sont en fait beaucoup plus anciens : ils datent du milieu des années 90, quand la domination de Microsoft sur l’informatique mondiale, et plus particulièrement sur la micro-informatique, était à son apogée. Utilisant son quasi-monopole dans les systèmes d’exploitation d’ordinateurs pour imposer aux consommateurs ses autres logiciels (comme son navigateur), Microsoft avait été la cible de plaintes multiples pour abus de position dominante de part et d’autre de l’Atlantique, mais le géant américain avait cru s’acheter une conduite en proposant à la justice américaine quelques remèdes factuels. Et le dossier avait donc été relancé au début des années 2000, Microsoft continuant ses pratiques jugées discriminatoires par la concurrence.
En 2004, la Commission européenne était donc sortie de sa léthargie pour imposer non seulement une première amende, mais aussi pour obliger l’éditeur à ouvrir le code source de Windows à ses concurrents pour leur permettre de mieux adapter leurs propres logiciels. Mais en 2008, la Commission avait été obligée de sévir une nouvelle fois en raison d’un tarif fixé par Microsoft pour accorder l’accès aux informations relatives à l’interopérabilité jugé non raisonnable. Et la commission avait eu la main lourde en infligeant une amende record au groupe américain. C’est cette amende que Microsoft contestait devant la cour de justice européenne et que cette dernière vient, tardivement, d’entériner. Entre-temps, la domination de Microsoft a, elle, été sérieusement ébranlée par la révolution Internet qui a fait surgir, au moins, deux alternatives : Google et Apple.