Telefonica fait machine arrière en Chine
La décision a dû être un crève-cœur pour Cesar Alierta, le directeur général de Telefonica. Sept ans après être entré au capital de China Netcom, l’opérateur historique espagnol a annoncé, dimanche 10 juin, la vente d’une partie de sa participation dans China Unicom qui avait acquis son concurrent dans la téléphonie fixe en 2008. En plusieurs étapes, Telefonica était monté jusqu’à 9,7 % au capital de China Unicom et affirmait, contre toute évidence, vouloir jouer les premiers rôles en Chine.
En février dernier, alors qu’analystes et investisseurs demandaient déjà à l’opérateur d’enclencher son désendettement, Cesar Alierta réaffirmait son intention de ne jamais vendre sa participation en Chine. Mais voilà, après avoir dépensé quelque 67 milliards d’euros dans des opérations d’acquisitions depuis son arrivée à la tête de l’opérateur historique, il y a douze ans, et avoir empilé 57 milliards d’euros de dette nette, Cesar Alierta a dû se rendre à l’évidence : sa position était devenue intenable, surtout après la dégradation de sa note par Standard & Poor’s fin mai. D’autant que la grave crise bancaire qui sévit en Espagne complique ses opérations de refinancement. Le groupe a donc vendu près de la moitié de sa participation dans China Unicom pour 1,4 milliard. Une goutte d’eau dans l’océan de ses dettes, mais qui envoie un premier signe aux marchés, montrant que Telefonica a bien compris le message. Mais cette opération était aussi la plus facile à mettre en œuvre dans des délais rapides. Car, pour le reste des opérations de désinvestissement annoncées par l’opérateur, peu de détails ont, pour le moment, été précisés. En début de mois, Telefonica avait en effet dévoilé son intention d’introduire en bourse ses activités sud-américaines et sa filiale allemande.
Selon Bloomberg, l’opérateur espagnol compte en effet récupérer entre 6 et 8 milliards d’euros dans des ventes d’actifs cette année, alors que ses besoins de refinancement étaient estimés, par des analystes, autour de 12 milliards pour 2012. Seul problème : la crise financière en Europe qui rend les marchés très instables, pourrait compliquer la donne en Allemagne. D’autant que KPN, qui détient le numéro trois de la téléphonie mobile allemande, pourrait lui aussi céder sa filiale. D’où les rumeurs récurrentes de fusion d’E-Plus avec O2, mais cette opération n’arrangerait aucun des deux opérateurs européens, KPN ayant besoin de cash pour monter une contre-offensive boursière à l’OPA partielle lancée par Carlos Slim, et Telefonica ayant, lui aussi, besoin de cash pour se désendetter. Autre problème pour Telefonica : la vente d’Atento, sa filiale spécialisée dans les centres d’appels. L’opérateur, qui espère retirer un milliard d’euros de cette cession, a déjà dû l’annuler l’an dernier faute de trouver un acquéreur capable de payer le prix demandé, jugé excessif par les analystes. Sauf à revoir à la baisse ses prétentions, Telefonica pourrait donc être contraint de conserver encore ses centres d’appel.