America Movil s’attaque à KPN
La quatrième tentative d’implantation en Europe sera-t-elle la bonne pour America Movil ? Le géant de la téléphonie mobile en Amérique latine a en effet annoncé, mardi 8 mai, son intention d’acquérir 28 % du capital de KPN, l’opérateur historique néerlandais. Sans fermer la porte à America Movil, les dirigeants de l’opérateur européen, en pleine restructuration, ont juste indiqué que le prix proposé (8 euros par action) ne reflétait pas la valeur réelle de l’entreprise.
Une prise de position attendue, mais qui fait sourire les investisseurs : le cours était tombé autour de 5 euros, et pas un seul analyste n’estimait qu’une remontée rapide du cours était à prévoir. Car KPN est confronté à un double problème. Sur son marché intérieur, si KPN a sorti du jeu les deux opérateurs européens qui pouvaient lui faire de l’ombre (France Télécom et Deutsche Telekom), il doit affronter la concurrence du principal câblo-opérateur domestique, particulièrement actif sur le marché du haut débit. Comme la situation sur le marché mobile s’est aussi détériorée durant les derniers mois de 2011, KPN a annoncé un vaste plan d’économies reposant notamment sur la suppression de près de 5 000 emplois (16 % de ses effectifs). D’autre part, ses deux principales activités en dehors des Pays-Bas (Allemagne et Belgique) sont sous pression. En Allemagne, KPN a été le seul parmi les quatre opérateurs mobiles à ne pas avoir obtenu de fréquences dans la bande des 800 MHz, l’obligeant à terme de s’allier avec l’un des trois autres. En Belgique, il a annoncé récemment qu’une vente pourrait être possible. Dans cet environnement difficile, quel est l’intérêt de d’America Movil ?
Si KPN fait l’objet de rumeurs récurrentes sur son avenir, peu de spécialistes auraient parié sur l’intérêt du groupe mexicain, propriété du multimilliardaire Carlos Slim. Certes, la valorisation boursière de KPN est faible et un bon coup financier est possible : mais America Movil va consommer l’essentiel de son cash dans cette opération, qui constitue un pari sur l’avenir. Compliquer la vie de Telefonica son principal concurrent en Amérique du Sud ? Mais la restructuration de ses activités domestiques donne déjà suffisamment de boulot à l’opérateur espagnol et son très fort endettement ne lui permet plus de se lancer dans des opérations d’acquisition en Europe. Et ce n’est pas les quelques centaines de milliers d’abonnés mobiles que compte KPN en Espagne (via son MVNO Simyo) qui peuvent aggraver les problèmes de Telefonica sur son marché domestique. Il n’y a aussi quasiment aucune synergie à attendre d’un rapprochement avec KPN, un nain comparé à l’empire America Movil et ses 246 millions d’abonnés. Autant un renforcement de l’opérateur sud-américain en Amérique du Nord aurait pu avoir un sens, compte tenu de la très importante présence de populations hispaniques, autant son arrivée en Europe paraît injustifiée. Et si son propriétaire est l’homme le plus riche de la planète, les moyens financiers d’America Movil paraissent néanmoins limités pour pouvoir jouer un rôle actif dans la recomposition du paysage européen. Même en utilisant KPN comme « cheval de Troie ».