Nokia s’effondre
Une semaine après avoir émis un avertissement sur ses résultats trimestriels, Nokia a publié, jeudi 19 avril, ses comptes du premier trimestre. Et ils sont encore plus mauvais que ce craignaient les analystes. Pour l’ensemble du groupe, qui comprend aussi Nokia Siemens Networks, le chiffre d’affaires est en repli de 29 % à 7,354 milliards d’euros, le résultat opérationnel est en perte de 1,340 milliard (contre un profit de 439 millions un an plus tôt) et la perte nette atteint 929 millions. Si l’essentiel des pertes provient des charges de restructurations (dont 772 millions d’euros concernant NSN), le groupe finlandais ne peut guère se réjouir des performances opérationnelles de ses activités, à commencer par la division terminaux.
Dans cette activité, Nokia affiche un effondrement de 40 % de ses revenus à 4,246 milliards et une perte opérationnelle (la première depuis des lustres) de 219 millions. Les volumes de mobiles vendus au cours du trimestre continuent de fondre : un recul de 24 % à 82,7 millions d’unités, dont une chute de 51 % dans les smartphones à 11,9 millions d’unités. Alors que le groupe a lancé sa première gamme de smartphones fonctionnant avec Windows Phone, le résultat n’est donc à la hauteur des espérances. CE qui ne constitue pas une surprise. Non seulement, l’un des modèles lancés a connu des bugs logiciels, mais les terminaux présentés n’ont pas convaincu les opérateurs, qui demeurent le principal canal de vente des mobiles, via les subventions qu’ils versent aux abonnés. D’ailleurs une enquête récente de Reuters auprès des principaux opérateurs mobiles européens montrait leur grande réticence à soutenir les ventes des smartphones fabriqués par Nokia. Si l’ampleur des pertes enregistrées par NSN peut inquiéter, les analystes et investisseurs vont surtout s’interroger sur la pertinence de la stratégie de Stephen Elop, le directeur général du groupe, dans les mobiles : compte tenu de ses positions dans les réseaux mobiles, l’équipementier semble avoir des ressources pour surmonter sa mauvaise passe financière.
A l’inverse, le coeur de l’activité de Nokia paraît durablement en crise. Non seulement dans les smartphones, mais aussi dans les mobiles d’entrée de gamme pour les marchés émergents : hors smartphones, les ventes de mobiles reculent en effet de 16 % à 70,8 millions d’unités. Une évolution inverse de celle des autres fabricants, à commencer par Samsung, qui, en début d’année, affirmait pouvoir finir l’année comme le nouveau numéro un mondial du mobile. Si les analystes prenaient, à l’époque, cette déclaration avec prudence, les contre-performances à répétition de Nokia pourraient la confirmer. Et d’ici la fin de l’année, il faudra, peut-être, s’habituer à présenter le Finlandais comme l’ex numéro un mondial !