La guerre des prix relancée
Il faut le reconnaître, en dévoilant il y a une semaine ses offres quadruple-play (commercialisées pour le grand public à la mi-mai), Virgin Mobile a frappé un grand coup. Les dirigeants de Free, attaqués sur leur point fort (les prix), ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. En privé, Xavier Niel s’insurgeait ainsi contre le fait de présenter l’opérateur mobile dégroupé comme le moins cher du marché sur le segment des offres convergentes fixe-mobile, en soulignant que sa marque Alice commercialisait un forfait d’entrée de gamme à 9,99 euros. Outre le fait qu’il faut ajouter 1,99 euros pour obtenir le service audiovisuel, ce service est limité aux seules chaînes gratuites de la TNT et Alice ne propose pas de quadruple-play : mais il est vrai qu’avec un forfait mobile illimité de Free, on arrive à une addition globale de 31,97 euros, ce qui en fait certainement une offre « quadruple-play » d’entrée de gamme très compétitive.
Pour autant, l’arrivée de Virgin Mobile, qui s’impose sur le marché comme le cinquième opérateur intégré, relance la guerre des prix et apporte, au passage, un démenti cinglant aux propos tenus par les grands opérateurs qui soupçonnent Free Mobile de vendre à perte dans la téléphonie. Avec son modèle de « full MVNO », Virgin Mobile arrive à sortir un forfait comprenant 4 h. de communications, SMS illimités et Internet capé à 3 Go, pour 15,99 euros (sans engagement), très compétitif par rapport au forfait illimité à 19,99 euros de Free. Avec un gros avantage sur son concurrent : si Free doit investir dans son propre réseau et s’assurer que le service marche bien (notamment au niveau des interconnexions avec Orange), Virgin Mobile loue le réseau de SFR et bénéficie directement des améliorations techniques réalisées par ce dernier. Sans pour autant jouer le rôle de low-cost de la filiale de Vivendi, Virgin Mobile comptant conclure un deuxième accord de « full MVNO » avec Orange.

Si l’arrivée de Free avait déjà provoqué un gros problème chez les trois grands opérateurs, la contre-attaque lancée par Virgin Mobile complique donc un peu les choses. Car, ce dernier confirme non seulement la thèse des dirigeants d’Iliad sur les prix trop élevés dans la téléphonie mobile, mais montre aussi que les prix du haut débit fixe peuvent baisser, alors que les opérateurs avaient profité de la hausse de la TVA et de l’introduction de nouvelles box pour les relever. Un coup dur supplémentaire pour Orange, SFR et Bouygues Telecom qui comptaient sur leurs offres quadruple-play pour essayer de résister à Free. Or leurs tarifs et le contenu des offres mobiles ne tiennent plus la route face à Virgin Mobile. Un problème aussi pour Free, qui n’est plus le mieux-disant en matière tarifaire, alors que sa cible (les jeunes urbains) pourrait être tentée par Virgin Mobile. C’est donc bien à une révision en profondeur de leurs offres (mobiles et haut débit fixe) et des grilles tarifaires que les trois grands opérateurs doivent s’atteler, dans des délais plus courts qu’ils ne l’avaient, peut-être, estimé au moment de l’arrivée de Free Mobile.