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SSII : retour à l’optimisme


Contrairement à d’autres secteurs, notamment les banques et l’automobile pour ne citer que les plus emblématiques, le secteur des services informatiques n’a été touché que tardivement par la récession économique mondiale qui a suivi l’accélération de la crise financière à l’automne 2008. Ce seul élément montre le chemin parcouru depuis la précédente période de contraction de l’activité économique, celle qui avait été provoquée par l’éclatement de la bulle TMT en 2001.

Tous les grands noms des télécommunications, des médias et des technologies avaient alors vu presque instantanément leur activité s’arrêter et bon nombre d’entre eux ont mis, à l’image de Capgemini, plusieurs années à s’en remettre. Paul Hermelin, directeur général du numéro un européen des services informatiques, a vécu les deux périodes et sait que son groupe et la plupart de ses concurrents sont mieux armés qu’il y a une dizaine d’années pour faire face à une conjoncture difficile. Et, d’ailleurs, au vu des premières performances opérationnelles trimestrielles publiées depuis le début de l’année, la déprime qui a malgré tout saisi le secteur ne devrait être que de courte durée car tous, du plus grand au plus petit, prédisent, sauf accident, une montée en puissance potentiellement rapide des dépenses informatiques des entreprises comme des administrations après plusieurs années de report d’investissements en la matière. Et le recul du chiffre d’affaire des uns et des autres sur les trois premiers mois de l’année est moins marqué que prévu.

Dans ce contexte de relatif optimisme, qui pourrait toutefois être remis en cause par une propagation de la crise de la dette grecque et des conséquences à l’ensemble de la zone euro, voire à l’ensemble de l’économie mondiale, les mots consolidation et nouveaux de relais de croissance refont, presque naturellement, leur apparition. Car, une fois le plus fort de la crise passé, ceux qui l’auront traversée sans trop de heurts, pourront utiliser leur force de frappe financière pour acheter à bon compte des entreprises dont le bilan est dans un piteux état. Dans un secteur proche, c’est ce qu’a fait Hewlett Packard, premier fabricant mondial de matériel informatique par le chiffre d’affaires, désormais également présent dans le SSII avec EDS, avec les acquisitions, à quelques mois d’intervalle de 3COM et de Palm. Sans avoir un trésor de guerre aussi abondant que HP, Capgemini dispose par exemple d’une enveloppe de plus d’un milliard d’euros pour des acquisitions. Le tout est de savoir s’il faut grossir de manière sectorielle – conseil, infogérance ou intégration de système – ou géographique.

Une conjoncture en amélioration

Au début du mois de mai, tout en redisant que sa marge opérationnelle 2010 devrait tomber à 6 % - 6,5 % contre 7,1 % l’année précédente, Capgemini s’est montré un peu plus optimiste pour ses perspectives à la faveur d’une reprise des investissements informatiques en Amérique, notamment dans le services financiers. Le groupe, qui prévoit un recul de 7 % de son chiffre d’affaires sur le premier semestre, pense maintenant que ses ventes évolueront de manière franchement positive au cours de la deuxième moitié de l’année alors qu’il avait initialement tablé sur une fourchette comprise entre zéro et + 4 %. Selon Paul Hermelin, le mouvement de crise est toutefois très lent, soulignant qu’il y avait un glissement progressif de contrats gagnés où le donneur d’ordre a pour seul objectif de faire des économies vers des contrats destinés à construire l’avenir des entreprises.

Atos Origin avait, quelques semaines auparavant, donné le ton en faisant état d’un bond de 17 % de ses prises de commandes au premier trimestre et en réaffirmant prévoir une reprise de la croissance organique au cours des six derniers mois de l’année. Le groupe, numéro deux français, qui a retrouvé une certaine forme de stabilité après les remous autour de son tour de table, est surtout porté par l’intégration de systèmes, les contrats engrangés en la matière sur les trois premiers mois de l’année devant être exécutés au second semestre. Atos, qui anticipe pour sa part une rentabilité en hausse d’un demi-point à un point en 2010, a estimé, contrairement à Capgemini, que c’était le marché français qui était le plus avancé sur le chemin de la reprise de son activité. Le marché français a également permis à Sopra de limiter la détérioration de sa marge en 2009, à 7,6 % contre 9,1 % en 2008.

Egalement porté par l’intégration de systèmes et, dans une moindre mesure, par l’infogérance, Sopra, qui a la particularité, du moins pour une SSII française, de détenir une division logiciels (Axway, dont l’introduction en Bourse est envisagée cette année), anticipe également une amélioration de sa rentabilité cette année. Steria a enfin fait état il y a une dizaine de jours de signes d’amélioration de l’environnement par rapport à 2009, le groupe ayant renoué avec la croissance organique dans tous les pays où il est présent.

Une consolidation par touches successives

Malgré sa trésorerie supérieure à un milliard d’euros, Capgemini ne devrait pas se lancer dans des opérations de croissance externe « structurantes » comme l’avait été celle de Kanbay en 2006, qui avait permis l’implantation du groupe dans l’offshore indien et celle d’Ernst & Young en 2000, qui avait lancé le groupe dans le conseil. Même si le groupe veut encore se renforcer dans ce domaine aux Etats-Unis, les opérations de croissance externe que le groupe est susceptible de lancer se focaliseront davantage sur des expertises technologiques – comme le BPO (externalisation) – que sur l’implantation géographique des cibles. La globalisation des offres est devenue telle que la localisation d’une entreprise est secondaire, même si Paul Hermelin a estimé que le groupe devait accroître sa présence dans les pays émergents. Les analystes ne pensent pas que Capgemini fera des opérations de croissance externe représentant plus de 500 millions d’euros. Steria, qui a mené à bien son opération de croissance « transformatrice » en 2007, avec le rachat de Xansa, qui lui a donné une forte présence en Inde, a dit exclure de grosses acquisitions pendant deux à trois ans tandis que Sopra, en vue d’atteindre son objectif moyen terme d’un chiffre d’affaires de deux milliards d’euros, est en quête de cibles de 400 à 500 millions en France et/ou en Europe.

En termes de consolidation, l’actualité brûlante est à chercher du côté d’Atos Origin qui, selon des articles de presse, s’est associé à des fonds d’investissement – CVC Capital Partners et Welsh Anderson & Stowe – pour mettre la main sur Global Merchant Services (GMS), la filiale paiement de Royal Bank of Scotland. D’après des sources industrielles la banque britannique pourrait retirer jusqu’à plus de 4,5 milliards d’euros de la cession de cette activité, également convoitée par American Express. Un rapprochement entre grands groupes français semble improbable, mais certains des nombreux acteurs secondaires en France pourraient être un point d’entrée par un grand groupe international voulant s’implanter en Europe. De son côté, GFI Informatique a dit vouloir réaliser, en France, une acquisition de 100 à 300 millions d’euros afin de s’approcher de son objectif à moyen terme d’un chiffre d’affaires dans l’Hexagone de 800 millions à un milliard d’euros.

Situation particulière des hautes technologies

Plus dépendantes de secteurs – automobile et aéronautique – qui viennent de traverser une période particulièrement difficile, les spécialistes français des conseils en hautes technologies – Alten et Altran – se montrent plus réservés que les SSII plus traditionnelles sur les perspectives à court terme. Mais, sur le moyen terme, elles se montrent plus optimistes. Car, actuellement en phase de réduire la part du chiffre d’affaires généré par l’automobile, elles se réorganisent pour nouer davantage d’affaires avec des secteurs en meilleure santé. Par ailleurs, sous réserve que la reprise économique prenne de l’ampleur – condition sine qua non pour que soient lancés de grands projets innovants – Alten et Altran ont bon espoir de surfer sur la vogue « verte » qui a saisi l’ensemble du secteur des transports.

L’ensemble des constructeurs automobiles est désormais prêt à mettre le paquet pour se doter d’une gamme de véhi­cules offrant une alternative au tout carburant et cela devrait mécaniquement se traduire par un flux importants de contrats d’ingénierie dans les mois et les années à venir.

 

 

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